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Philippe Goujon : « La préfecture de police de Paris est malade »

FIGAROVOX/TRIBUNE - La grogne monte parmi les policiers. Le député-maire du 15e arrondissement parisien, Philippe Goujon, remarque que la crise profonde qui affecte la préfecture de police de Paris n’est pas étrangère à ce climat sécuritaire dégradé.

36 quai des Orfèvres, siège de la « PJ » de la Préfecture de Police Paris. Crédit Photo : Wikipédia

Philippe Goujon est député-maire (LR) du XVe arrondissement de Paris, spécialiste des questions de sécurité à la commission des lois de l’Assemblée nationale.

La manifestation de policiers sur les Champs-Elysées est un indice supplémentaire de la crise que traversent les forces de l’ordre. Les causes du mal sont nombreuses. L’une est peu connue de l’opinion : c’est l’affaiblissement de la préfecture de police de Paris.

La préfecture de police, fleuron de la police nationale depuis plus de deux siècles et « assurance - sécurité » des Parisiens, est devenue l’ombre d’elle-même. Les commissaires ne choisissent plus de servir à la Préfecture de police, surnommée la « PP » et dans ses unités prestigieuses, alors qu’elle était le point de passage obligé pour les carrières d’exception.

La Préfecture de Police, fleuron de la police nationale depuis plus de deux siècles, est devenue l’ombre d’elle-même.

Quant aux missions, la « PP » était reconnue internationalement pour son savoir-faire en matière d’ordre public. Les Parisiens se souviennent du doigté et de l’efficacité avec lesquels a été rétabli l’ordre public en Mai 1968. Or, la réédition d’un tel exploit aujourd’hui serait impossible. Observons les échecs récurrents de la Direction de l’Ordre Public et de la Circulation (DOPC) ces dernières années : dévastation du Trocadéro par les hooligans du PSG, usage disproportionné de la force contre la « Manif pour tous » et lors des manifestations lycéennes, incapacité à maîtriser les casseurs lors des manifestations contre la loi El Khomri jusqu’à laisser vandaliser l’hôpital Necker et la rue de Vaugirard.

Les Parisiens se souviennent du doigté et de l’efficacité avec lesquels a été rétabli l’ordre public en Mai 1968.

Commandement insatisfaisant, procédures lourdes et inadaptées, techniques obsolètes, renseignement défaillant, coordination insuffisante et rivalité exacerbée entre Direction de l’Ordre Public et de la Circulation (DOPC) et Direction de la Sécurité de Proximité de l’Agglomération (DSPAP), font du maintien de l’ordre le grand échec de la « PP ». De même, mobiliser un millier de policiers pendant un mois pour protéger la « Fan zone » du Champ de Mars quand on en affecte seulement 50 le 14 juillet sur la promenade des Anglais à Nice ne constitue pas la démonstration éclatante d’une gestion adéquate des effectifs.

La plupart des agrégats de la délinquance sont en hausse et notamment les violences à personne. La mission de tranquillité publique a, elle, été totalement abandonnée.

Mais si l’ordre public est la mission première de la « PP » aux yeux du gouvernement, elle a aussi en charge la sécurité quotidienne des Parisiens. Or, la plupart des agrégats de la délinquance sont en hausse et notamment les violences à personne. En outre, la mission de tranquillité publique a, elle, été totalement abandonnée. L’îlotage a disparu de nos rues. Désordres de voie publique, agressions, mendicité agressive, attroupements dans les halls d’immeuble, quartiers livrés au trafic de drogue et aux tapages nocturnes, ventes à la sauvette, campements sauvages, violences scolaires… tel est le lot quotidien des Parisiens, abandonnées à eux-mêmes.

La « PP » voudrait démontrer la nécessité de la création d’une police municipale qu’elle ne s’y prendrait pas autrement ! D’autant plus que les effectifs sont en chute libre : le 1er septembre, la « PP » a encore perdu 1300 hommes.

Et que dire de la perte de prestige des brigades centrales de la PJ parisienne, le fameux 36 quai des Orfèvres ?

Et que dire de la perte de prestige des brigades centrales de la PJ parisienne, le fameux 36 quai des Orfèvres, où les enquêteurs passent désormais plus de temps à rédiger des procédures qu’à mener les enquêtes ? Un directeur évincé et mis en examen, un vol de drogue à la Brigade des stups, une direction du renseignement dont la commission d’enquête parlementaire sur les attentats a suggéré la suppression : telle est la situation.

Reste la mission circulation. Aucun policier n’est plus présent aux carrefours - hors manifestations ou cortèges - alors que les compagnies de circulation ont compté dans le passé jusqu’à 1500 policiers régulant plus d’une centaine de carrefours. Faute de bénéficier d’une police municipale, Paris est la seule capitale européenne sans police de la circulation. La réforme de la « PP » de 1998 n’a voulu qu’une police de la circulation-croupion consacrée exclusivement à l’ordre public. Cette réforme a aujourd’hui vécu, basée sur une organisation territoriale inadaptée, un commandement hyper-centralisé paralysant et conduisant à l’inertie.

Le déclin dans lequel s’est enfoncée la « PP » l’a amenée à tomber sous la dépendance de la mairie de Paris.

De surcroît, le déclin dans lequel s’est enfoncée la « PP » l’a amenée à tomber sous la dépendance de la mairie de Paris. La compétence de la circulation et du stationnement, ainsi que de plusieurs polices spéciales, ont été transférées à la capitale.

Cet esprit de renoncement a conduit le Préfet de Police à autoriser la fermeture de la voie express rive droite par la mairie. Pendant l’Euro 2016, il s’est laissé imposer une « Fan zone » excessivement consommatrice en effectifs, et a permis l’ouverture d’une salle de shoot, point de fixation des toxicomanes.

Les bonnes volontés individuelles et la conscience professionnelle des policiers de la préfecture n’ont pas disparu pour autant. Afin de redresser cette institution indispensable à la sécurité de Paris, les idées ne manquent pas : déconcentrer le commandement, redonner de l’initiative aux commissaires et de la confiance aux policiers, supprimer des échelons intermédiaires, restructurer l’ensemble Direction de l’Ordre Public et de la Circulation-Direction de la Sécurité de Proximité de l’Agglomération en tenant compte davantage des territoires, alléger les états-majors, mieux répartir les effectifs et mieux les coordonner, inculquer une culture du numérique et de la vidéo protection en l’étendant à toute la zone de la police d’agglomération, utiliser moins d’effectifs en maintien de l’ordre, créer une police municipale dédiée à la circulation et à l’ilotage de proximité, réanimer la PJ. L’amélioration de la sécurité à Paris dépendra aussi de décisions de justice adéquates.

Sans cette remise en ordre, après deux siècles de bons et loyaux services, la Préfecture de Police, rare administration française à avoir traversé telle quelle tous les régimes, sombrera, aggravant encore le désordre et la délinquance dans notre capitale.

Publié le 20/10/2016
http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2016/10/20/31001-20161020ARTFIG00083-la-prefecture-de-police-de-paris-est-malade.php